Soutenance de thèse de Sibylle Demur : "L'intégration numérique de la mobilité face aux ségrégations urbaines de la ville latino-américaine. Le cas de Santiago du Chili"

Publié le 12 octobre 2026 – Mis à jour le 12 octobre 2026
le 27 novembre 2026
Soutenance de thèse de Sibylle Demur :
"L'intégration numérique de la mobilité face aux ségrégations urbaines de la ville latino-américaine. Le cas de Santiago du Chili"

Le vendredi 27 novembre 2027 
 

Sibylle Demur, étudiante de doctorat de géographie en cotutelle à l’UMR 5193 LISST-CIEU de l’Université Toulouse – Jean Jaurès ainsi qu’à l’Institut de Géographie de la Pontificia Universidad Católica de Chile.

Mots-clés :
Justice socio-spatiale, durabilité, mobilité urbaine, Technologies de l’information et de la communication, Santiago du Chili, méthodes mixtes.

Résumé de la thèse :
Avec l’essor des préoccupations environnementales et dans une logique de financiarisation des réseaux urbains, les entreprises de télécommunications ont fait des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) un puissant vecteur de promesses pour les collectivités. Dans un contexte mondial de forte concurrence, conjugué à une stratégie globale en faveur de l’intégration modale, les villes latino-américaines ont engagé de grandes réformes de l’industrie du transport depuis les années 2000-2010 afin de réorganiser des systèmes jugés obsolètes, polluants et excluants. Ainsi, les récentes réformes du transport public de plusieurs villes latino-américaines tendent à instaurer une gestion reposant sur l’intégration des modes grâce à une production centralisée des données, faisant des TIC le principal outil de conception, de construction et d’exploitation des réseaux. Ces avancées reflètent la volonté politique des pays latino-américains d’adhérer à la vision mondialisée d’une mobilité urbaine intégrée par l’outil numérique.


La circulation des modèles de Smart Mobility formule l’hypothèse que la production, l’échange et l’usage massif de données numériques permettraient d’optimiser les systèmes de transport et d’améliorer l’expérience des voyageurs afin de réduire les externalités environnementales et sociales, en favorisant le report modal depuis la voiture vers les modes actifs. Dans cet horizon, la mobilité servicielle ou Mobility as a Service (MaaS) se présente comme la figure de proue de cette vision intégratrice et occupe une place importante dans les débats depuis plus d’une décennie. Cependant, la littérature sur le MaaS reflète majoritairement l’expérience des pays du Nord, en particulier européens. Cette limite géographique impose la prudence lorsqu’il s’agit de généraliser ses conclusions aux villes du Sud, où la morphologie urbaine, les conditions socioéconomiques, la réglementation et les trajectoires individuelles diffèrent substantiellement. Ce tensions, résistances et contrastes entre la diffusion d’un imaginaire global de Smart Mobility, conditionné par la standardisation des mécanismes de production de la mobilité, et les réalités fragmentées de la ville latino-américaine encadrent les objectifs développés dans le présent travail.

 

Pour répondre à ces objectifs, l’étude propose d’examiner les conditions de possibilité d’un futur MaaS dans le contexte du Grand Santiago, afin de questionner la manière dont il pourrait intégrer les organisations territoriales, institutionnelles et sociales préexistantes. Cette tripartition ne répond pas à une simple juxtaposition de thématiques, mais à une stratégie délibérée de triangulation méthodologique. Pour cela, une approche mixte est adoptée, articulant une analyse spatiale quantitative et des méthodes d’enquête qualitatives, afin de développer un regard croisé sur le MaaS dans un contexte géographique spécifique. Les résultats font apparaître une ville qui semble s’affranchir de la logique de ségrégation socio-économique qui caractérise son modèle d’expansion, dessinant une nouvelle carte de Santiago en termes d’aptitude communale à accueillir un futur MaaS. Par ailleurs, les entretiens menés auprès d’experts montrent comment ce discours stratégique tourné vers l’intégration se heurte aux fragmentations institutionnelles, aux intérêts divergents et à l’absence de régulation des modalités de partage de l’information. Enfin, les usagers révèlent que la disposition à adopter le MaaS ne croît ni avec le niveau socioéconomique ni avec la densité de l’offre de services. Elle dépend plutôt de l’intensité des frictions subies au quotidien, de la charge relationnelle ainsi que de la perception de l’expérience de déplacement. Ainsi, les résultats de la thèse soulignent l’importance de penser la circulation des modèles à la lumière des hétérogénéités locales, en intégrant les compromis spatiaux, politiques et sociaux qui façonnent leur adoption.